19 juin 2009

L'Hôtel du Bon Plaisir

En ce moment, j'ai un bon rythme de lecture. La preuve, je viens de finir le dernier Raphaël Confiant, L'Hôtel du Bon Plaisir. Alors, autant je n'apprécie que très moyennement les positions louches de l'intellectuel, autant j'adore ses livres et son style (proche de celui de Chamoiseau, konpè a-y).

Cette fois-ci, contrairement au dernier Chamoiseau, je n'ai pas été déçu. Dans ce roman, l'auteur nous raconte la vie des divers locataires de cet immeuble, ancien foyer pour "dénantis" construit par trois soeurs békées en 1922 dans le quartier populaire des Terres-Sainville à Fort-de-France. Il y a donc une double histoire : celle du bâtiment (il deviendra même bordel durant la Seconde Guerre Mondiale) et celle(s) des locataires. On y retrouve toute une galerie de portraits savoureux : outre les trois soeurs -vieilles filles- békées, il y a Justina Beausoleil la chabine flamboyante, Nini Jolicoeur l'ancienne prostituée mariée à un Marseillais, Victorin Helvéticus l'ancien instituteur friand de citations, Jean-André Laverrière le clarinettiste génial, Romuald Beausivoir "entrepreneur en travaux divers", la famille Andrassamy échappée des champs de canne, Syrien le Syrien, Etienne Beauvallon le bachelier devenu fou, Me Dorimont l'avocat qui se fait payer en nature, Man Florine la truculente marchande de pistaches grillées.

La richesse de cet ouvrage, c'est donc ces histoires qui font l'histoire de cet immeuble sur une trentaine d'années. La narration est particulièrement éclatée, les tranches de vies se mêlant avec des narrateurs différents (narration à la première, troisième et même deuxième personne !), mais on n'est jamais perdu grâce au talent de l'auteur à mettre en scène des personnages attachants, et grâce à ce style que j'apprécie désormais totalement.

Un petit extrait qui m'a particulièrement fait sourire :

"En y réfléchissant, Victorin Helvéticus devait, toutefois, reconnaître, en toute honnêteté, qu'il avait toujours fait preuve d'une trop grande déférence envers le Blanc. Ah, pas celui d'ici ! Non, pas le Blanc créole. La meilleure preuve en était qu'il se fichait complètement des remarques des soeurs de Lamotte au sujet de ses éternels retards de loyer. C'est que ces gens-là ne différaient des gens de couleur que par la couleur justement, la seule couleur ! Sinon, tout le reste était du pareil au même : l'accent, les mimiques, les goûts. Le Blanc créole était prévisible, voilà ! Tandis que son cousin d'outre-Atlantique, le Blanc-France, le béké-France comme le désignait le bon peuple, était un être dont nul ne pouvait deviner les sentiments ou les réactions. Victorin se souvenait encore de son premier inspecteur, un homme charmant originaire d'Angers, qui n'avait de cesse de le féliciter pour ses capacités pédagogiques, qui le notait toujours très bien et qui, du jour au lendemain, devint tout bonnement odieux. Un vrai fauve en cage ! Et la raison de cette ire subite tenait au fait que son protégé, son cher Victorin, s'était placé parmi les meneurs de la grève qui revendiquait l'octroi aux fonctionnaires créoles du supplément de salaire de 40% jusque-là attribué à leurs collègues métropolitains.
- Je vous croyais quelqu'un d'intelligent, fulmina l'inspecteur. Je vous prenais pour un évolué, un être que la langue et la culture françaises avaient affiné, que dis-je, raffiné, et voici que je tombe des nues !
Le béké-France faisait les cent pas dans la salle de classe, salle dans laquelle il avait pénétré sans frapper ni saluer Victorin, face à des élèves à la fois médusés et terrorisés. Chaque fois qu'il voulait souligner un point, il tapait violemment du plat de la main sur l'une des tables, faisant sursauter l'infortuné gamin qui y était assis.
- Comment ne comprenez-vous pas que nous, métropolitains, sommes ici en terre de mission avec toutes les difficultés que comporte un tel sacerdoce ? Difficultés d'adaptation à un climat somme toute peu clément, difficultés d'accoutumance à une cuisine non seulement trop épicée, mais qui utilise des légumes inconnus du palais européen et difficiles à digérer, difficultés de compréhension de votre patois créole que rien, semble-t-il, ne parvient à éradiquer, sans parler de vos moeurs pour le moins bizarroïdes..."

13 juin 2009

Distillerie Bologne

Ce matin, après plusieurs tentatives ratées, nous avons pu visiter la distillerie Bologne, située entre Basse-Terre et Baillif. Nous y étions déjà allés il y a quelques semaines, mais avions dû repartir sans faire la visite suite à une dispute entre l'employée et la patronne... Puis, lors de notre deuxième tentative, nous avions appris que les visites étaient suspendues à cause de travaux (je n'avais pas téléphoné....). Mais aujourd'hui, tout allait bien, pas de problème. Nous n'avons même pas payé la visite guidée car elle était effectuée par une jeune stagiaire.

J'ai déjà visité plusieurs distilleries (Longueteau à Capesterre, Bielle et Poisson à Marie-Galante), mais jamais pendant la période d'activité. C'est désormais chose faite.

Il faut savoir qu'en Guadeloupe, il y a deux camps opposés : les consommateurs de rhum Damoiseau (les habitants de la Grande-Terre) et ceux de rhum Bologne (les habitants de la Basse-Terre). Un des grands conflits de l'histoire de l'humanité...

Pour le côté historique, les actuels propriétaires sont les descendants du très célèbre compositeur/escrimeur Chevalier de Saint-Georges (dont le nom était Joseph Bologne). On peut le voir donner un cours de musique à Marie-Antoinette dans le récent film du même nom.

Alors, pour faire très vite et très schématique pour la fabrication du rhum (procédé inventé par le non moins célèbre Père Labat, un saint homme) : les cannes sont coupées (parfois encore à la main, mais surtout par machine) à partir de janvier (début de la saison sèche, les cannes se sont bien gorgées d'eau et de soleil, leur teneur en sucre est optimale), puis broyées. Le jus (appelé vesou) est ensuite fermenté, distillé pour obtenir un alcool à 75° (voire 90°, je l'ai goûté ce matin, ça pique la langue...). Puis, il est ramené à 50° (ou 55, voire 59 à Marie-Galante). Les résidus de canne (la bagasse) servent à alimenter une chaudière pour produire de l'énergie et faire fonctionner la colonne de distillation. Le rhum ainsi produit (appelé rhum agricole) reste dans des cuves en inox pour le rhum blanc. Pour en faire un rhum ambré (ou paille), on le fait vieillir en fûts de chêne. Pour obtenir le rhum vieux, il doit rester au moins trois ans dans ces fûts.

Voici quelques photos de la distillerie.

Tout d'abord, le bâtiment administratif (la boutique se trouve de l'autre côté) qui date d'il y a plus de cent ans et qui a été restauré.

Derrière ces bâtiments, les champs de canne s'étendent le long de la route qui mène à Saint-Claude. La Soufrière est en arrière-plan, sous les nuages.

Ici, le tracteur met les cannes sur le tapis roulant pour le broyage.

Le futur rhum passe par ces colonnes de distillation.

Les champs de canne, la mer des Caraïbes, depuis l'étage de la distillerie.

Vue d'ensemble de l'usine.

L'entrée du domaine (ou la sortie, c'est selon).

A noter, une nouveauté dans la gamme des rhums Bologne, un rhum vieux (ils ne faisaient que du rhum blanc et du rhum ambré jusqu'à présent), une cuvée spéciale intitulée "Chevalier de Saint-Georges". Vraiment excellent.

10 juin 2009

Le relais du 27 mai

Comme je le disais précédemment, cette année encore, j'ai participé au Relais Inter-entreprises avec mon collège. Nous nous étions alliés avec le collège Maurice Satineau de Baie-Mahault, pour avoir 21 relayeurs motivés, surentraînés, et au top de leur condition physique. Nous avions fait un relais blanc début mai, qui s'était bien passé, et lors duquel nous avions vu qu'il faisait plus chaud en Grande-Terre qu'en Basse-Terre ! Mon relais en particulier, le n°11 à Petit-Canal à 9h30, était beaucoup plus dur que celui que j'avais jusqu'à présent (je courais à 7h30). Ce relais blanc était aussi l'occasion de nous rencontrer et de repérer notre terrain et notre parcours. Cela m'a été particulièrement utile, puisque si vous regardez en détail la carte que j'ai mise dans le post de janvier (voir lien ci-dessus), mon relais a pour point de repère "sous le flamboyant". Or, le jour du relais blanc, j'arrive à peu près là où devait se situer mon point relais, et pas de flamboyant... après plusieurs minutes stressantes de recherche, je suis tombé sur un habitant qui m'a dit que le dit flamboyant avait été coupé quelque temps auparavant... le bon vieux gag, quoi ! Il restait la souche...

Le jour du relais (27 mai), c'était la grosse organisation. Nous avions les débardeurs de notre team, et devions apporter quatre épingles à nourrice pour fixer notre dossard (donné par l'organisation). Il fallait donc arriver largement en avance, pour éviter de se faire coincer par les coureurs sur la route, et pour trouver où se garer.

Je suis assez content de mon relais (j'ai perdu 3 places, j'en ai gagné 2 et n'étais pas loin derrière un coureur qui m'avait doublé). Nous avons fini 29èmes sur 54. Une petite déception, puisque l'an dernier, 22èmes sur 72, et il y a deux ans, 33èmes sur 72. Mais bon, c'était un nouveau parcours, nous avions de nouveaux coureurs... On espère faire mieux l'an prochain ! Voici le classement final officiel :

1 SODIAL NOUY/EXOCET
2 DPRG( Conseil Général)
3 DESTINATON MARIE GALANTE
4 CH MONTERAN
5 MOUN ZABYM
6 SDIS
7 2 ème RSMA
8 KARUGLACE/GARAGE PLAIDEUR
9 VILLE DE BAIE MAHAULT
10 EXPERT COMPTABLES
11 BIOMETAL
12 CENTRE PENITENTIAIRE
13 BLANDIN
14 DESIRADE CŒUR DES ILES
15 41 ème BIMA
16 COLLEGE E YSSAP
17 VILLE DE PETIT BOURG
18 LPO BAIMBRIDGE
19 SGEC
20 VM MATERIAUX
21 GENERALE DES EAUX
22 GENERALI
23 SCEP
24 SICA DES PRODUCTEURS DE GPE
25 LAFARGES CIMENTS ANTILLAIS
26 COLLEGE DES ROCHES GR
27 VILLE DE ST FRANCOIS
28 LA POSTE
29 COLLEGE ST RUFF/M SATINEAU
30 INRA
31 IUFM
32 HYPER CARREFOUR
33 EDF
34 AAEA / KAHMA
35 VILLE DE PAP
36 CH M SELBONNE
37 LGT BAIMBRIDGE
38 DTEF/DSDS
39 CH BEAUPERTHUY
40 RFO
41 RECTORAT AMAG
42 CAARUD / FLE A MANGO
43 CGSS
44 CMA CGM
45 GTM
46 AIR France
47 SEMSAMAR
48 BNP
50 CREDIT AGRICOLE
51 SGBA
52 GMA
49 ATSCAF
53 ONF/FOS NATIREL
54 France TELECOM -ORANGE
55 MAC DONALD'S

Pour une fois, ce n'est pas la SOCREMA qui a gagné, puisqu'ils avaient déclaré forfait (un nouveau point de règlement les empêchait de recruter leurs mercenaires comme d'habitude...).

Votre blogueur, en plein effort par 32° à l'ombre...

09 juin 2009

Le Chamoiseau nouveau

Je viens de finir le dernier Patrick Chamoiseau, intitulé Les neuf Consciences du Malfini. J'attends chaque nouveau livre du Cham avec une impatience non feinte, depuis le choc initial de Texaco. Je l'ai donc acheté les yeux fermés lorsqu'il est sorti il y a quelque temps. Déjà, le pitch me plaisait bien : un malfini atterrit dans le jardin du Cham, et commence à lui raconter sa rencontre avec un colibri... Alors, petite précision : en Guadeloupe, un malfini est une frégate, oiseau marin dont le plumage n'est pas étanche, bizarrement, et qui ne peut donc pas se mouiller mais doit quand même manger son poisson ! On l'appellerait "malfini" car sa queue est coupée en deux, mal finie (dixit la marchande de bokits du débarcadère de Grand Bourg à Marie-Galante). Mais visiblement, en Martinique, a pa menm biten menm bagay : le malfini est un petit rapace, une sorte de buse. Je ne sais pas comment on l'appelle en Guadeloupe.

Le dit malfini raconte donc sa rencontre avec Foufou, un colibri téméraire. A travers son observation de ce petit oiseau si particulier, le Malfini prend conscience de l'altérité, de sa propre insignifiance, de sa vanité. Cette observation l'amène aussi à réaliser que de nombreux changements se produisent sur Terre (le réchauffement climatique). A travers ce récit, c'est à toute une réflexion philosophique et écologique sur le vivant et sur l'autre que se livre Chamoiseau.

Malheureusement, je n'ai pas trop accroché à cette histoire... le style est moins flamboyant qu'auparavant, et je trouve que le récit tourne un peu en rond. Au début, on ne sait pas trop où il veut en venir, et une fois que l'on a compris, on se lasse un peu. Il y a tout de même quelques passages bien agréables :

"Loin de se décourager, le satrape de Rabuchon mit en oeuvre une telle entreprise de dénigrements que les colibris les plus inquiets, et donc les plus crédules, finirent par considérer Foufou comme l'archange du malheur. Il y eut de nombreux tombereux d'insultes que je ne fus pas en mesure de déchiffrer. Comparé à la langue divine de la famille des aigles, le langage des colibris est quelque peu sommaire. Je crus tout de même entendre que les plus excités l'accusaient d'être à l'origine de la mort lente qui ruinait Rabuchon, de prendre un plaisir honteux à outrager le corps de ses victimes. Ce ne furent plus seulement les colibris qui entreprirent de le poursuivre mais toutes qualités de bêtes-zorey, rates, zagayak, chenilles-trèfles, sucriers, merles, cicis, aigrettes, siffleurs, guêpes et abeilles rescapées, auxquels on pouvait ajouter quelques loques de fourmis-manioc, vers-coco, zandolis et consorts... Une coalition d'éclopés survivants se ligua contre lui. Elle bravait ses ripostes pour tenter de le frapper du bec, de l'aiguillon ou de la mandibule. Elle rêvait de lui infliger un vieux cocktail de leurs venins conjoints. Le petit maître devait passer plus de temps à repousser des agressions qu'à explorer le lourd mystère de la mort lente... C'en était révoltant de le voir s'évertuer malgré tout, sans rage, sans haine, sans amertume, avec juste son inflexible obstination opposée à leurs flots de bêtises..."

31 mai 2009

Chabine

Depuis quelques semaines, nous avons plus ou moins adopté une chatte toute mimi, qui était un peu sauvage quand elle venait de naître. Mais elle s'est enhardie, et est venue nous rendre visite. Nous avons donc commencé à lui donner à manger, et maintenant, bien sûr, elle reste chez nous, dormant sur le paillasson, jouant à mordre les tongs et les pieds des chaises. Au début, on croyait que c'était un mâle, on l'avait donc baptisé "chabin", vu qu'elle a le pelage clair et les yeux bleus. Mais en fait, c'est une chatte, on l'a donc rebaptisée "chabine"...

cat from DAN MAT on Vimeo.

22 mai 2009

Pas de vagues au Cap-Est

Allez, après plusieurs ouvrages de littérature ou d'économie, un peu de lecture détente. Je viens en effet de finir Pas de vagues au Cap-Est d'Olivier Arrighi. Il s'agit d'un polar tropical mettant en scène Ange Siméoni, lieutenant de gendarmerie blasé, corse et fin négociateur, enquêtant en Martinique (il est dans la gendarmerie du François). J'avais vu récemment des articles à propos de son second polar, toujours avec le même personnage. Cela me paraissait intéressant, j'ai donc acheté le premier volume, paru en 2007.

Dans ce premier livre, Ange traque les meurtriers d'un couple de Békés que l'on retrouve mort, baignant dans une mare de sang un matin (on retrouve toujours les victimes "un matin"...).

Petite explication : le Cap-Est est une sorte de "béké-land" situé sur la commune du François : les grandes familles békées se sont regroupées sur ce cap. L'équivalent de l'Ilet Boissard chez nous, en Guadeloupe, en beaucoup plus important bien sûr.

L'enquête est plutôt bien ficelée, pas trop compliquée à suivre (en général, j'ai du mal à suivre les enquêtes des polars -livres ou films-, c'est pourquoi je m'en méfie énormément...), et assez drôle. Le lieutenant corse est en effet plein d'humour, et nous donne ses commentaires sur la société martiniquaise, les Antillais, les Métros, les ministres venus exprès pour une journée... Tout cela est très bien vu. Bon, le livre s'adresse plutôt à un lecteur métro, c'est ça qui est un peu dommage (même si ce fut plus facile pour moi de m'identifier au personnage). Mais en même temps, l'auteur a créé ce personnage d'après son vécu, donc...

Petite déception, la fin, qui m'a laissé sur ma faim. Bon, le dénouement du Crime de l'Orient Express m'avait aussi déçu. En tout cas, cela se laisse lire très facilement, et l'intrigue, tout comme le personnage principal et ses problèmes personnels, est prenante. Bientôt le deuxième volet des aventures d'Ange Siméoni...

Un petit extrait assez savoureux, lors de l'enterrement des victimes :

"Parmi les participants, les métropolitains en chemise faisaient tache dans une église où tous les hommes étaient en costume. Les Martiniquais disposent tous d'au moins un costume foncé pour les enterrements, quel que soit leur statut social, leur âge ou leur couleur. Il est vrai qu'aux Antilles, les cérémonies religieuses marquent profondément la vie sociale des communautés et justifient chacune une tenue appropriée : costume gris pour les mariages, bleu foncé ou noir pour les enterrements.
[..] Au bout d'un quart d'heure, déjà, ceux qui avaient sorti la totale -soit l'ensemble costume-cravate- se demandaient comment ils allaient faire pour tenir. Les premiers mouchoirs se mirent à éponger les fronts en sueur au bout de vingt minutes. La première veste tomba moins de quatre minutes plus tard. Le ministre donna l'exemple en restant stoïque jusqu'au bout, ainsi que la plupart des békés et autres Antillais, habitués à ce genre de supplice. Chacun des vaillants résistants perdit trois ou quatre litres d'eau, immédiatement absorbée par les vêtements qui séchaient sur pied au fur et à mesure. Les femmes, vêtues de robes légères, tiraient remarquablement leur épingle du jeu.
[...] Il profita de l'heure qu'il avait à tuer pour regarder sortir de l'église les pingouins tropicaux. Habitués à l'air conditionné, tous suaient comme si on les avait arrachés à leur banquise. Ils se précipitaient aussi vite que la bienséance le permettait vers leur 4x4 afin de pousser leur climatisation au maximum et d'attraper un rhume. Demain, les pharmacies vendraient probablement plus de sirop contre la toux que de Biafine."

15 mai 2009

Le d'Arbaud fait long feu...

Le cinéma le d'Arbaud, cinéma de Basse-Terre, vient de fermer ses portes dimanche dernier, pour cause de non-rentabilité... Il y avait deux salles, dont l'une assez grande (avec étage et tout). Bon, ils passaient principalement des films commerciaux, et en VF, mais ce cinéma avait le mérite d'exister, en plus des quatre salles de Pointe-à-Pitre. Alors, il y a bien eu une pétition sur internet, mais la fermeture s'est faite en présence de "manifestants" et de Victorin Lurel, président du Conseil Régional. Il se pourrait que le cinéma rouvre grâce à des fonds publics (encore...). Alors à qui la faute ? Aux habitants de la Basse-Terre, qui ne vont pas au cinéma et préfèrent regarder la télé ou télécharger des films illégalement ? Aux gérants, qui n'ont pas su insuffler une politique à même de satisfaire un public qui existe ? Toujours est-il que la dernière page de France-Antilles fait peine à voir... Comme l'a signalé le journaliste de RFO, Basse-Terre est la seule capitale des Caraïbes à ne pas avoir de cinéma... Kilti, kilti, ola ou kay ?

12 mai 2009

L'Iguane Café

Je viens de m'apercevoir que je n'ai pas encore écrit de post à propos de gastronomie... Voici donc un post spécial "fooding" (je déteste ce mot...).

Dimanche, pour fêter dignement l'anniversaire de M., nous sommes allés à l'Iguane Café. Ce n'est pas ce que l'on pourrait appeler une "grande table", mais c'est tout de même une excellente table, avec une cuisine originale. Le restaurant se trouve au lieu-dit "la coulée", à la sortie de Saint-François, sur la route de la Pointe des Châteaux. L'extérieur de la salle n'est pas terrible, et c'est en bord de route...

L'intérieur est beaucoup plus mignon, tout en bois avec une charpente créole classique en étoile, et des peintures de couples de danseurs. Bien sûr, de nombreux motifs d'iguane apparaissent çà et là.

Allez, passons au repas ! Comme apéritif, nous avons pris une flûte de champagne, punch pétales de rose, grenadine. C'est très joli, et délicieux.

Après avoir passé commande de nos entrées et plats principaux, le serveur nous a amené un petit mets pour nous mettre en appétit. Il s'agissait d'une petite salade de crevettes.

Pour les entrées, j'ai pris des "tulipes de fromage de chèvre et de magret fumé aux épices à la compotée de figues poivrées, petites salades de feuilles d'herbes aux noix". Très bon...

M. a pris du "thon cru au sésame torréfié et tartare fumé, lait de mascarpone foisonné au wasabi, roulé de choux de Chine à la menthe et cinq épices d'Asie".

Pour le plat principal, je n'ai pas pu résister au "poulet croustillant au sésame, chutney et mesclun au vinaigre de mangue, riz basmati". Je suis encore tout tourneboulé par le chutney de mangue...

Quant à M., sa "cuisse de lapereau à la crème de gingembre et ananas frais poêlé au curry, écrasé de patate douce, jus à la graine de moutarde" ne lui a pas permis de prétendre à un dessert...

Et là, la question fatidique se pose : "et toi, vieille canaille, t'es-tu laissé tenter par un dessert?". Question toute rhétorique...

Voici la "verrine d'arabica au lait mousseux de mascarpone, brisure de biscuit au café, meringue et pépite de cacao, crème émulsionnée au Bailey". Sans commentaire...

Pour digérer tout ça, une petite sieste sur la plage de l'Anse du Mancenillier, juste en face.

06 mai 2009

Les îles à sucre

C'est le titre du livre que je suis en train de lire. Alors, ce n'est pas de la littérature, c'est un livre de socio-économie par un universitaire martiniquais (Jean Crusol). Comme l'indique le sous-titre, il étudie l'évolution économique de différentes îles productrices de sucre (les îles de la Caraïbe, la Guyane/Guyana/Surinam, Hawaii, Réunion, Maurice) depuis les débuts jusqu'à nos jours ("de la colonisation à la mondialisation"). Alors, c'est super bien documenté, et très bien expliqué. On comprend des tas de choses sur les situations économiques disparates actuelles, mais aussi sur l'histoire de ces pays (notamment Cuba). Bon, c'est un gros pavé, et faut pas avoir peur des chiffres et des tableaux, mais rien de très compliqué (les explications sont vulgarisées, et il se répète souvent).

Point noir : c'est très mal édité, y'a des fautes énormes partout, des mots qui manquent... A un tel niveau, c'est plus des fautes d'inattention, c'est de l'incompétence de la part des correcteurs... Et peut-être aussi un mauvais niveau en orthographe de la part de ce cher universitaire... Comme quoi...

27 avril 2009

Blog update

Eh oui, comme vous pouvez le constater, le Gwada blog fait peau neuve ! Après presque trois ans de ces horribles pois, il était temps d'avoir un look plus moderne, plus "in", plus aware of the 21st century. A l'approche de la deuxième décennie du deuxième millénaire, il le fallait. M. a énormément participé à ce relooking, il faut dire la vérité... J'ai encore quelques petites modifications à apporter (principalement du texte qui s'est déplacé durant le changement), mais dites-moi ce que vous en pensez.

22 avril 2009

On ti tsounami ??

Voici la une du France-Antilles d'aujourd'hui...


L'effondrement d'un volcan éteint du nord de la Dominique pourrait causer, selon une étude d'un spécialiste britannique, un tsunami de 5m qui viendrait frapper les côtes de Guadeloupe, de Basse-Terre à Saint-François...

L'article précise aussi que l'île de Montserrat pourrait faire de même, et que de petits tsunamis ont été vus à Deshaies lors des éruptions précédentes. Un spécialiste antillais rassure tout de même en disant que tous les volcans sont très surveillés, à la moindre fissure près. Mais bon, en cas de séisme... Tous aux abris !

13 avril 2009

Fête du crabe

Hier, dimanche de Pâques, a eu lieu la 17ème édition de la Fête du Crabe à Morne-à-l'eau. C'est une manifestation culinaire très réputée, mais je ne m'y étais jamais encore rendu. C'est donc avec enthousiasme que nous y sommes allés.

Il s'agit de plusieurs stands qui proposent des plats locaux à base de crabe : le matété (crabe dans riz), le calalou (crabe avec feuilles de madère), les dombrés (boulettes de farine au crabe) et le colombo (de crabe...). Il y avait aussi du crabe farci, et les traditionnels desserts sucrés (sinobol, pistaches grillées, sorbets coco...). Outre ces stands de dégustation, il y avait aussi un podium, une sorte de scène, avec différentes animations et hommages : danses (biguine principalement), concerts de groupes locaux, et divers concours : celui du plus gros crabe, celui du plus rapide attacheur de crabes, celui qui consiste à supporter la douleur des pinces le plus longtemps possible, la course de crabes... Plein de choses très marrantes, donc ! Allez voir le programme sur le lien hypertexte plus haut...

La météo n'était pas très favorable, nous avons eu quelques gouttes de pluie. Heureusement, nous avions pris le grand parapluie, tant pour la pluie que pour le soleil qui tabassait pas mal... Il y avait pas mal de touristes tout blancs, tournant au rouge hommard...

Tout de suite, des photos.

Pour commencer, une vue de l'église de Morne-à-l'eau. La messe pascale y était célébrée, messieurs et dames ayant revêtu leurs plus beaux atours. Cette église a été conçue par Ali Tur, le célèbre architecte venu tout reconstruire dans les années 30.
Voici ensuite une vue du podium, avec le groupe Zikak 2000 dans une démonstration de quadrille.
Nous nous sommes installés sous des tentes avec tables et chaises prévues pour manger. Voici une photo de notre matété et notre crabe farci.
Ensuite, une photo des allées pleines de monde. La fête avait lieu sur la place principale du bourg (place Gerty Archimède).
Au détour d'un stand, nous avons aussi vu cette espèce de petite scène, avec des pièges à crabe traditionnels. Le truc drôle, c'est qu'il y avait des noms sur ces pièges : Gillot et Lurel sur l'un, LKP et Domota sur un autre, Koury sur un troisième, Jégo et Desforges sur un quatrième, et enfin Angèle sur le dernier ! Tous les acteurs du récent conflit... mais pas tous dans le même panier de crabes !
Enfin, sur le chemin du retour (nous nous étions garés assez facilement à l'entrée du bourg), petite photo du cimetière local, le plus réputé de Guadeloupe avec ses jolies tombes à damiers.

04 avril 2009

Marché des Basses à Baillif

Peu avant Noël avait lieu le traditionnel marché des Basses à Baillif. Il s'agit d'un grand marché qui dure toute la journée, avec des commerçants, des artisans, des animations... Il se tient sur la petite place en face de la Tour du Père Labat. Nous nous y étions rendus grâce au flyer donné par notre pêcheur du marché de Basse-Terre, l'inénarrable Simon le Pêcheur, Baillifien. Je n'avais pas mis de post à l'époque, c'est chose faite maintenant.

Nous avons donc déambulé dans les allées de ce petit marché assez animé, avons goûté des Kassaves (pas terribles) après avoir assisté à leur confection. Il y avait aussi un homme faisant du jus de canne frais (il met les morceaux de canne dans son broyeur et en extrait le jus). Malheureusement, il fallait apporter ses propres bouteilles, il ne fournissait rien. Nous étions donc déçus... Pour nous abriter d'un grain, nous nous étions abrités sous son auvent. Je l'ai vu parler à un autre homme, qui est allé dans un commerce tout proche et est revenu avec deux gobelets en plastique. Il nous a servi un verre de jus de canne, et au moment où je voulais le payer, il a refusé en disant que c'était cadeau ! Ca c'est la Guadeloupe qu'on aime... Du coup, nous nous sommes promis d'aller lui acheter une bouteille un jour ou l'aure (son camion est toujours sur place). Mais on n'a pas encore trop compris quand il ouvrait... Ca aussi, c'est la Guadeloupe qu'on aime !

En fait, ce qui nous intéressait le plus, c'était la démonstration de quadrille et de biguine (danses traditionnelles) qui devait avoir lieu en soirée (le programme était indiqué sur le flyer). Quelques dames bien vêtues ont joué une ou deux petites scènes pour faire patienter avant ces démonstrations. Les voici en photo.
Voici ensuite une photo du groupe des enfants qui a fait une très bonne démonstration de quadrille, suivie d'une vidéo.



Quadrille Baillif from DAN MAT on Vimeo.

04 mars 2009

L'humour, toujours...

Allez, d'autres dessins humoristiques glanés sur le net (enfin, piqués à un pote...).



23 février 2009

Un poquito de literatura colombiana

En effet, je viens de finir Cent Ans de solitude (Cien años de soledad) du Colombien Gabriel Garcia Marquez. Vous savez, la Colombie, ce pays d'Amérique du Sud connu pour ses narco-trafiquants, ses chanteuses sexy (et thésardes à l'Université de Provence... enfin, j'me comprends...) et ses footballeurs chevelus et géniaux ?

Marquez est en effet un grand écrivain de ce que l'on appelle la Colombie Caribéenne, puisqu'il est originaire d'un village de la côte caraïbe de ce pays. Alors, on m'avait dit le plus grand bien de ce livre, et j'avais déjà lu et apprécié L'Amour aux temps du choléra. Et autant vous dire que j'ai été plutôt déçu... En gros, c'est l'histoire d'une famille colombienne établie dans un petit village (fondé par un membre de cette famille). Je n'ai pas vraiment accroché à cette histoire trans-générationnelle emberlificotée et sans réel fil conducteur. Les personnages, très nombreux et portant le même nom de père en fils, ne sont pas du tout intéressants ni attachants (voire creux...), l'histoire n'a rien de passionnant, et je n'ai pas vraiment perçu ce que voulait exprimer l'auteur en filigrane. Alors, comme d'habitude pour ce genre de récit, le texte accroche de la quatrième de couverture insiste sur le souffle épique et sur l'aspect "livre somme" de l'ouvrage (et là, on croit que tout est dit !).

Il y a, cela dit, quelques pages savoureuses ou poétiques, comme celles sur la maladie de la perte de mémoire, ou celle sur l'éternel duel homme/cafard.

21 février 2009

Le Papillon et Terre d'avenir


A travers ce titre énigmatique se cachent en fait les noms de deux magazines que je lis régulièrement depuis que je suis en Guadeloupe. Je ne connais pas vraiment la genèse de ces publications, toujours est-il qu'à l'heure actuelle, ces deux magazines sont imprimés ensemble (Le Papillon, suivi de Terre d'avenir) et sont distribués gratuitement dans les offices de tourisme, les clubs de plongée... Ainsi, Terre d'avenir commence à la page 35 (et Le Papillon finit à la page 34 ! Vous me suivez ?)

Le Papillon est un magazine culturel et traite de tout événement se déroulant en Guadeloupe. Terre d'avenir, quant à lui, est le magazine de l'écologie en Guadeloupe (quelque chose qui me tient particulièrement à coeur). Ces magazines sortent donc ensemble tous les deux mois. Il n'est pas toujours facile de se les procurer en version papier (et en plus, ce n'est pas très écologique, même s'ils sont entièrement faits de manière recyclable et durable), mais heureusement, tous les deux sont téléchargeables sur leur site internet respectif.

http://www.papillon-guadeloupe.com/

http://www.terredavenir.org/

Sur ces pages, vous pouvez télécharger les derniers numéros (le 19 du Papillon, le 29 de Terre d'avenir).

Allez y jeter un coup d'oeil, certains articles sont fort intéressants. Notamment celui sur les éoliennes dans Terre d'avenir.

17 février 2009

De l'oisiveté

La grève générale c'est aussi ça, des journées comme aujourd'hui...

Le matin à la plage, et l'après-midi à regarder passer les bateaux dans le canal des Saintes, ainsi qu'un couple d'oiseaux facétieux (un père noir et sa compagne -celui qui mangeait nos bananes??) construire son nid sur ma parabole canalsat, avec un bon cigare (tout ça en même temps demande une certaine maîtrise de l'oisiveté, ce qui n'est pas à la portée du premier venu...).



Comme quoi, le bonheur tient à peu de choses... Merci au LKP de nous permettre de profiter des choses essentielles de la vie comme ça.

On ti mizopwen istorik

Une petite mise au point historique sur les békés par un béké... J'ai en effet reçu ce texte par un email "forwardé" (j'adore ce mot..) par une amie/collègue historienne. La famille de Jaham (békés de Martinique) me semble être plus ouverte que les autres. Voici ce qu'a expliqué un de ses membres.


Arrêtons en effet ces luttes raciales, nous sommes tous martiniquais et fiers de l'être, car en effet nos ancêtres viennent de partout et de tous les niveaux sociaux-culturels, et ce n'est pas parce qu'un vieux béké se permet de parler comme au temps des nazis qu'il faut mettre tous les békés dans le même sac, il ne faut jamais perdre la raison même dans le pire, il ne faut pas profiter d'évènements graves pour semer la discorde.

Les petits souffrent en ce moment, un Bernard Hayot peut sans doute supporter des mois de grève, mais pas les petites entreprises, dont beaucoup ne se relèveront pas.

A méditer : faut-il que les békés se promènent avec un "manicou jaune" cousu sur le côté gauche de leur veste ?

Dominique de JAHAM-LOMBARD

Au cours du reportage consacré aux Békés martiniquais par la chaîne française CANAL +, on a pu entendre, entre autres insanités, de la bouche de M. Alain Huyghes-Despointes, la phrase suivante :

« En 1635, des nobles français colonisent l’île de la Martinique… »

Il y aurait de quoi rire, si cela ne révélait pas l’incroyable inculture, mêlée de duplicité, des « derniers maîtres de la Martinique ». En effet, il est bon de rappeler la composition des premiers colons :

. 60% de paysans venus du fin fond des provinces du Nord-Ouest de la France (Vendée, Normandie, Poitou, Bretagne etc.) qui étaient employés comme « engagés » ou « 36 mois » par quelques grands planteurs et qui travaillaient sur les « habitations » aux côtés des esclaves noirs. S’ils parvenaient à survivre au bout de leur période d’engagement, ils se voyaient octroyer un bout de terrain pour devenir propriétaires à leur tour. En 1635, au 17è siècle donc, l’école gratuite, laïque et obligatoire n’existait pas encore (ce sera le cas 2 siècles plus tard), donc la quasi-totalité de ces paysans est analphabète et parle les dialectes d’oïl (normand, poitevin, vendéen etc…).

. 30% de repris de justice, de malandrins, de hors-la-loi, bref de gens qui n’ont rien à perdre et qui sont prêts à tenter l’aventure vers l’Amérique afin de se refaire une nouvelle vie. Beaucoup d’entre ces gens de sac et de corde étaient d’ailleurs expulsés vers les colonies afin de purger le Royaume de France de ses impuretés.

. 10% de cadets de famille, c’est-à-dire de fils de nobles qui, dans le droit d’Ancien régime, ne pouvait bénéficier d’aucune part de l’héritage de leur père (cet héritage revenant tout entier à l’aîné) et qui n’ayant aucune perspective en France, tentaient eux aussi de se construire une vie meilleure par-delà l’Atlantique.

Autrement dit, contrairement à ce qu’affirme Alain Huyghes-Despointes, seule une infime minorité des Békés est d’origine noble. Tous les historiens sont d’accord là-dessus. Il suffit de lire le monumental travail de Petit-Jean-Roget (Béké lui-même), « La société d’Habitation à la Martinique—1635-1665 » ou encore Sydney Daney, Gabriel Debien ou Paul Butel pour se rendre compte que l’origine noble de nos actuels Békés relève de la pure fable. Et il ne faut pas se laisser tromper par la particule que beaucoup d’entre eux arborent : au 17è siècle, un Jean Martin, originaire du village appelé « La Garrigue », par exemple, se faisait appeler « Jean Martin de La Garrigue ». C’était courant, banal même, Et surtout ça n’indiquait aucune origine noble !

S’agissant des femmes békées, les choses sont encore moins reluisantes. A l’époque, les voyages vers l’Amérique sont longs (1 mois et demi), difficiles (cyclones) et surtout dangereux (pirates). De plus, ce continent inconnu a une mauvaise image : en Europe, elle est vue comme une terre sauvage, étrange, où vivent des « hommes à deux têtes » (sic) et qui n’a qu’un seul intérêt, celui de posséder de l’or. Le colon européen va donc aux Amériques pour essayer de s’enrichir au plus vite afin de retourner vivre en nabab dans le seul lieu où, selon lui, s’épanouit la Civilisation avec un grand « C », à savoir l’Europe. Le colon n’était pas venu fonder une nouvelle civilisation en Amérique ni planter la canne à sucre, le coton ou le café. Cela s’est fait par hasard. Jusqu’au 19è siècle, cette obsession du retour en Europe perdurera chez les Békés, soit plus de 2 siècles après leur installation aux îles ! Il n’y a qu’à lire pour s’en convaincre les « Mémoires d’un colon à la Martinique » du Béké Pierres Dessales, propriétaire de l’habitation Nouvelle Cité, à Sainte-Marie. Il passera sa vie à essayer de gagner suffisamment pour se réinstaller en France, chose qu’il fera pour sa famille, lui demeurant seul sur son habitation des années durant ! Et se lamentant sans arrêt de devoir vivre dans ce « maudit pays » !!!

Donc, au 17è siècle, début de la colonisation, très peu de femmes blanches émigraient vers ces « isles » mal connues et réputées dangereuses qu’étaient les Antilles. A tel point que les premiers colons sont obligés d’avoir recours aux Caraïbesses (femmes caraïbes) et quand ce peuple sera exterminé, aux femmes noires. Beaucoup de colons assiégeaient littéralement le cardinal Richelieu, premier ministre de l’époque, de lettres suppliantes : « Envoyez-nous des femmes ! ». Il y allait, en effet, de la perduration des établissements français aux Antilles, médiocrement rentables à cause du manque d’or. Alors Richelieu ordonna à sa maréchaussée de razzier des péripatéticiennes sur les quais de Nantes, de La Rochelle et de Bordeaux afin de les envoyer de force aux Antilles. Et quand leur nombre n’était pas suffisant, cette maréchaussée kidnappait des jeunes filles de quatorze-quinze ans (des enfants abandonnés donc) pour les expédier aux colons. S’il y eut donc 10% de nobles parmi les hommes colons, il y en eut…0% s’agissant des femmes colons. Aucune femme d’un certain rang - et surtout pas noble - n’aurait pris le risque, en ce 17è siècle, de partir à l’inconnu, à bord de bateaux peu fiables et dont les équipages étaient composés de rustres et de ruffians. Ce n’est que lorsque le miracle de la canne à sucre se produira, vers 1660-70, enrichissant brutalement les colons (qui deviennent dès lors « Békés ») ainsi que les grands ports de la métropole française, que le « Code Noir » interdira les unions - et même les relations sexuelles - entre Blancs et Noirs. Avant 1685, beaucoup de Blancs concubinaient avec des négresses et même se mariaient parfois (on a retrouvé des actes de mariage de ce type dans des archives paroissiales).

Monsieur Alain Hughes-Despointes réécrit donc l’histoire, comme le font d’ailleurs, nombre de Békés, afin de tenter d’effacer ces origines peu reluisantes.

C’est à la fois ridicule et pathétique. Ridicule parce qu’il n’y a aucune honte, quand on est Antillais, à avoir des origines peu reluisantes. C’est le cas de toutes les populations qui sont venues s’installer dans les îles ou qui y ont été emmenées de force. De même que 90% des Békés descendent de serfs et de putes, la grande majorité des esclaves noirs n’étaient pas des fils de rois, ni les Indiens (dits « Coulis ») des fils de Maharadjah, ni les Chinois fils d’empereurs, ni les Syriens fils de cheicks. Personne n’émigre de gaieté de cœur ! Surtout à l’époque où les voyages étaient très longs et où on ne disposait d’aucun moyen (téléphone, télévision, Internat etc…) de garder le contact avec sa terre natale. Partir était le plus souvent un voyage sans retour.

Les Noirs antillais descendent pour beaucoup de gens qui étaient déjà esclaves ou prisonniers de guerre en Afrique. On connaît le rôle sinistre d’intermédiaire joué dans la Traite par maints roitelets de la côte occidentale de l’Afrique. Il y a pu avoir, ici et là, un roi ou deux-trois nobles vaincus qui ont dû faire partie des « bois d’ébène », mais ce n’était pas très fréquent. Quand aux Indiens, ils descendent pour la plupart des « Intouchables », ces hors-castes qui, jusqu’à aujourd’hui, sont considérés comme la lie de la société indienne. Pourquoi un fils de Maharadjah abandonnerait-il ses épouses, ses serviteurs et son palais pour s’en aller couper la canne à sucre aux Antilles ? Pareil pour les Chinois. Il n’y eut guère qu’un seul Mandarin parmi ceux qui sont arrivés à la Martinique ! Et c’est parce qu’il avait été embauché comme interprète. Tous les autres étaient déjà des « Coolees » à Canton ou à Shanghai, c’est-à-dire des gens taillables et corvéables à merci. Quand aux Syro-libanais, ils ont fui leur pays à cause des guerres claniques qui s’y déroulaient, de la misère et de la colonisation franco-britannique.

Aucun Antillais (blanc, noir, indien, chinois ou syro-libanais) ne saurait donc se targuer d’une quelconque noblesse. Nous sommes tous les fils et filles de repris de justice, de bannis, de réprouvés, d’esclaves ou de fugitifs. Et quand aux métis (mulâtres, chaben etc…), ils sont le fruit de l’union de ces mêmes réprouvés, esclaves et fugitifs et donc sont des bâtards à la puissance 2.

Assumons notre bâtardise commune, messieurs les Békés, et tentons de rebâtir ensemble une société débarrassée de l’exploitation de l’homme par l’homme et du préjugé racial !



Bon, cela dit, ça n'empêche pas que ce sont eux qui "confisquent" tous les pouvoirs économiques, à défaut des pouvoirs politiques... Mais je suis assez d'accord avec lui, il faut changer un certain nombre de choses, mais ne gâchons pas le creuset multi-culturel que représentent les Antilles.

15 février 2009

Nou pli fô


Depuis quelques jours, un nouveau clip musical passe à la télé. Il ne s'agit pas d'une quelconque chanson, mais d'une campagne de pub pour lutter contre le sida (la Guadeloupe est un des départements les plus touchés par le sida). Cette campagne avait déjà commencé il y a plusieurs mois avec des pages énigmatiques dans les journaux. Maintenant, le clip passe à la télé, aux heures de grande écoute, soit en entier, soit par extraits. La chanson est pas mal, avec mon pote Jacob.





Ce clip n'est pas sans me rappeler un autre clip qui passait à la télé il y a à peu près un an, cette fois-ci pour le port du préservatif. Là, je trouvais que la chanson était carrément excellente, avec un des membres des Nèg Marrons, et la jolie Cindy Minatchy en guest-star. Pour le coup, cette chanson avait vraiment cartonné.

12 février 2009

Séance de rattrapage

Pour tous ceux qui auraient raté ce reportage passé sur Canal + le 30 janvier (et le 06 février aux Antilles), voici la vidéo intégrale (la qualité n'est pas terrible, mais c'est tout ce que j'ai trouvé...). Il s'intitule Les derniers maîtres de la Martinique, et nous expose donc le monde des békés, descendants d'esclavagistes qui tiennent encore l'économie de la Martinique. Comme le précise le reportage, le problème est légèrement différent en Guadeloupe. Il faut savoir que pendant la Terreur (suite à la Révolution), la guillotine était présente en Guadeloupe, Place de la Victoire à PAP, amenée par Victor Hugues. Beaucoup de nobles békés de Guadeloupe ont donc été décapités, et d'autres sont partis en Martinique... Eh oui, car pressentant le fil de la lame sur leur cou, les békés de la Martinique s'étaient vendus aux Anglais, eux et leur île. La Martinique était anglaise entre 1794 et 1815 ! La guillotine n'est donc jamais entrée en Martinique, et la caste béké a pu se maintenir.

Cela dit, de nombreux békés de Martinique sont ensuite allés en Guadeloupe, et de nos jours, les grandes entreprises de Guadeloupe sont tenues par des békés... de Martinique !

http://www.megavideo.com/?v=1Q1M01NV

Traitement de la crise en Guadeloupe par le gouvernement...


01 février 2009

Etre en phasme avec soi-même

En voulant passer le balai sur la terrasse, j'ai vu une brindille collée sur le manche. J'ai voulu l'enlever, et quelle ne fut pas ma surprise de voir que la brindille bougeait et s'accrochait à mes doigts ! La première "frayeur" passée, j'ai vu qu'il s'agissait d'un phasme... je sais qu'il y en a beaucoup en Guadeloupe, mais ils ne sont pas faciles à apercevoir ! Posé sur un manche de balai rouge, je ne m'étais même pas aperçu de la supercherie ! Allez, un petit film dans lequel j'embête notre ami le phasme...


25 janvier 2009

i pa bon menm pou Gwadloup...

Je n'avais pas trop envie d'écrire à propos de la grève générale qui sévit en Guadeloupe depuis une semaine, je me disais : "A pa biten an mwen, sé biten a pèp Gwadloup". Mais face à la tournure des événements, il me faut un exutoire. Et en plus, je vis ici depuis quelques années maintenant, je suis donc pas mal concerné !

Alors, pour ceux qui ne vivraient pas en Guadeloupe et qui ne seraient pas trop au courant (j'ai vu des sujets dans le Soir 3, mais je ne sais pas pour les autres JT ni pour la presse écrite... cela dit, c'est très parlant : on a attendu 4 jours pour voir un sujet au JT national... combien de temps aurait-on attendu pour voir un sujet au national si un département de métropole avait été entièrement bloqué ??), je vais succinctement résumer la situation. En gros, un collectif (le kolektif liyannaj kont pwofitasyon) rassemblant l'ensemble des syndicats (même ceux de l'éducation), des associations et des partis politiques d'extrême gauche, proteste contre la vie chère. Ce qui n'est pas condamnable, à la base. Il est vrai que la vie est chère ici, et que le tout importé n'explique pas tout (il y a des abus et des monopoles scandaleux...). Ce collectif a donc décidé de faire une grève reconductible à partir de mardi dernier, et a déposé un ensemble de 123 revendications (oui, oui !) à faire discuter par le gouvernement, le patronnat et les collectivités locales. La plupart des revendications sont légitimes (baisse des prix), certaines sont utopiques et impossibles à accorder (augmentation du salaire minimum), d'autres sont purement scandaleuses (réhabilitation et indemnisation des chauffeurs de transports en commun clandestins -les transports en commun se sont mieux organisé depuis un an et demi car avant c'était n'importe quoi sans autorisation-). Le problème, c'est que la méthode est inadaptée. Ok pour les revendications, ça peut aider les foyers les plus pauvres, et même les autres. Ok pour une grève, c'est un droit que je ne renierais en aucune façon. Mais bloquer toute l'île depuis lundi (les stations service sont fermées, donc les gens ne roulent plus, ne vont plus au boulot, les écoles sont fermées, les transports en commun arrêtés, les manifestations culturelles et sportives reportées...), je ne suis pas sûr que ce soit très intelligent. Il y a moyen de se faire entendre autrement que d'obliger les commerces à fermer sous prétexte de solidarité !

Il faut savoir que ce collectif est "dirigé" par un syndicat, l'UGTG, connu pour prôner systématiquement le blocage, et pour ses positions radicales (ils ne parlent qu'en kréyol...). Des extrémistes, quoi. Et c'est le syndicat majoritaire dans les entreprises, et au conseil des prud'hommes... Je ne mets pas en doute leur volonté d'agir pour le bien du peuple guadeloupéen. Mais leurs méthodes, si. Alors, ils nous ressortent la vieille antienne rebattue du peuple guadeloupéen colonisé etc... Ils vont se réclamer de Césaire alors qu'ils n'y ont rien compris ! Le peuple guadeloupéen, colonisé ? Je ne vois pas un semblant de ressemblance entre la situation actuelle des Guadeloupéens (la Guadeloupe n'est plus une colonie mais un département français depuis 1946) et celle des Algériens avant 1962. Ou même avec celle des Polynésiens et des Néo-Calédoniens qui, eux, peuvent se dire "colonisés". Ce syndicat, et donc le collectif qui le suit, veut ne plus être "colonisé", et demande en même temps une hausse des aides de l'Etat ! Ou comment être prisonnier de sa rhétorique malsaine et en devenir paradoxal...

Le collectif oeuvre donc pour améliorer le sort des Guadeloupéens. Résultats visibles de cette grève : beaucoup d'agriculteurs gardent des tonnes de fruits et légumes invendus (ben oui, les commerces sont fermés...), les entreprises annoncent des plans sociaux (mises au chômage technique) pour éponger les pertes subies, les touristes écourtent leur séjour (nous sommes en pleine période touristique, et ça commençait pas mal d'après le comité de l'office de tourisme des îles de Guadeloupe -qui a fait un excellent boulot depuis quelques années, et qui voit tout réduit à néant par des irresponsables) car ils ne peuvent plus circuler ni s'alimenter, les futurs touristes annulent leurs réservations (on est sur 30 % d'annulations cette semaine d'après le représentant des hôteliers...). Plusieurs paquebots de croisière ont annulé leur escale en Guadeloupe : perte estimée pour les commerçants, 250 000 euros. Après tout ce qui a été fait pour relever le tourisme de croisière moribond au début des années 2000.

Donc, voilà, le collectif oeuvre pour améliorer le sort des Guadeloupéens. Alors, d'après eux, le mouvement est populaire (ben oui, le vulgus pecum approuve un mouvement qui veut lui donner plus d'argent...). Mais en fait, de nombreuses personnes qui veulent travailler et éviter tous ces blocages ne le soutiennent pas autant que ça (sur les idées, peut-être, pas sur les moyens utilisés). J'en veux pour preuve ces riverains de la cité Matéliane à Goyave qui s'en sont pris à des grévistes rassemblés dans leur quartier, parce qu'ils en avaient marre ("nou ni mar !").

En ce qui concerne les négociations, tout le monde a enfin réussi à s'asseoir autour d'une table cet après-midi -après 5 jours de grève totale, quand même... Mais cela a capoté. Rebelote demain. Mais comme dirait Victorin Lurel, président du Conseil Régional, si il faut 5 jours pour s'asseoir autour de la table, combien pour discuter des 123 points de revendication ?

J'aimerais, pour finir ce post, publier la lettre d'Ernest Pépin, éminent écrivain guadeloupéen. Il tient un blog sur un site intenet. C'est le seul intellectuel qui se soit exprimé à ce sujet, avec des interrogations profondes, et des propositions mûrement réfléchies. Tout ce petit monde devrait s'en inspirer... A bon entendeur.



Quelle leçon tirer de Barack Obama ?

Comme de nombreux Guadeloupéens, je suis fasciné par cet homme qui a réussi à faire entrer un noir à la maison blanche. Les commentaires élogieux pleuvent de partout. C’est l’état de grâce bien mérité. Pourtant une petite voix me souffle : et nous ?
Et nous guadeloupéens qu’avons-nous faits ? Que faisons-nous ? Que ferons-nous ?
Passé les brûlures de l’esclavage, passé les interminables débats sur l’identité, passés négritude et créolité, comment devons-nous aborder le XXIème siècle dans une perspective qui soit la notre.
Je ne renie aucune parcelle de mon passé et je suis solidaire de tous les combats que nous avons menés mais je voudrais me positionner résolument dans l’avenir.
Nous sommes un petit pays. Une petite lèche de terre peuplée seulement de 400.000 habitants et pour le moment nous sommes hors-jeu dans notre présent et presque condamné à quémander l’avenir à ceux qui nous gouvernent. Chacun y va de sa chanson, de son parcours, de ses rêves. C’est précisément cela qui nous manque : une chanson commune, un parcours commun, un rêve commun. Peut-être avons-nous besoin de savoir ce qu’est une société. Je veux dire une entité sociale, économique, politique, culturelle dont les rouages s’articulent dans un système cohérent et efficace.
Je constate que nous sommes une somme de revendications syndicales obsessionnellement tournées vers les questions salariales, le maintien des avantages acquis, la guerre contre le patronat etc. Et ceci nous condamne à des postures agressives ou impuissantes. Plus grave, agressives ET impuissantes. Ce ne sont pas les miettes lâchées ici ou là qui vont changer la donne en l’absence de tout projet viable.
Je constate que nous nous noyons dans le puits de la consommation. Les panneaux publicitaires fleurissent. Les voitures de luxe encombrent les routes. Les gadgets de toutes sortes tiennent lieu d’accès à la modernité. La modernité est un mot terrible. Cela fonctionne comme une machine à broyer le passé, la culture (reléguée au rang de tradition !), les manières de penser, de faire et de vivre. Nous voulons être en première classe sans nous soucier de la destination du train. Moi, j’ai envie de crier : construisons les rails, construisons le train, construisons la gare.
Nous avons le choix entre trois options.
Laisser rouler les choses au risque de se perdre.
Devenir indépendant au risque de s’appauvrir ;
Tenter une autonomie au risque de se faire gruger.
Il y a toujours un risque ! C’est là notre douleur et c’est là notre lâcheté.
En réalité, je crois qu’il faut reformuler un projet guadeloupéen en toute responsabilité et en toute lucidité.
Qu’est-ce à dire,
Définir (redéfinir) quelle peut-être notre fonction économique, sociale, politique et culturelle. Et surtout définir (redéfinir) notre relation à la France et à l’Europe pour sortir de l’assistanat (cette mendicité de droit) et de l’infantilisation (ce légitime impôt prélevé par les bailleurs de fonds). Il faut donc commencer par nous définir nous-mêmes en ayant le courage et l’humilité d’éviter les postures victimaires ou héroïques, les positions dogmatiques, les immobilités conservatrices, les impasses de l’idéologie et le suivisme soi-disant moderniste. Cela fait beaucoup de contraintes mais la lucidité est à ce prix.
Nous sommes, le plus souvent, de piètres chefs d’entreprise.
Nous sommes le plus souvent des petits tas d’égoïsmes et au mieux des petites bandes de corporatismes.
Nous sommes, le plus souvent, de mauvais maris, de mauvaises épouses et pour finir de mauvaises familles.
Nous sommes, le plus souvent, une société violente au niveau des individus et au niveau du collectif.
Nous sommes le plus souvent des viveurs au jour le jour, des jouisseurs inconséquents. Toutes les industries du loisir le savent : boite de nuit, sex-shop, déjeuner champêtre, hôtels, Midi-minuit. Etc.
Nous sommes le plus souvent des travailleurs toujours en grève, en congé, en dissidence, en ruse et en laxisme.
Nous sommes le plus souvent abonnés à la seule culture populaire, oublieux de la culture du monde et trop matérialiste pour comprendre qu’un poème, qu’un roman, qu’un tableau, qu’une chanson, qu’une pièce de théâtre, etc. ne sont ni des divertissements ni des exutoires mais des problématiques d’un autre possible de nous et du monde.
Nous sommes le plus souvent une insociété comme on dit une incivilité.
Et avec ça toujours empressé de nous comparer à la France comme si le monde entier, les seuls modèles, les repères absolus appartenaient à une France en crise depuis longtemps.
Nous regardons de haut la Caraïbe et nous ignorons les Amériques. C’est pourtant selon la formule consacrée notre environnement naturel. Alors que nous sommes si riches de l’argent des autres !
Il est de bon ton de dire qu’il ne faut pas diaboliser la Guadeloupe, qu’il ne faut pas se flageller et qu’il faut positiver. Toute critique est assimilé à une trahison ou à du vomi. Posons-nous la question qu’est-ce qui est positivable ?
Une jeunesse aux abois !
Des citoyens irresponsables !
Des personnes âgées de plus en plus isolées !
Un nombre grandissant d’exclus !
Un pouvoir local sans vision !
Des intellectuels bâillonnés par la proximité !
Des artistes impécunieux et subventionnés !
De grandes messes jubilatoires !
Une impuissance économique chronique !
Un tourisme impensé !
Des rapports de classe et de race viciés par le passé !
J’aime la Guadeloupe, mais je crois qu’il faut lui dire ses quatre vérités. Pas de presse capable de conscientiser ! Pas d’émissions éducatives et formatrices ! Une université trop extravertie. Un artisanat désuet. Une langue créole qui fout le camp ! Nous le disons entre nous, en petits comités. Nous le chuchotons mais nous avons honte de le crier en public. Comme dit Franky, c’est la vie en rose ! Césaire l’a écrit : « un paradis absurdement raté ». Maryse Condé l’a craché : la Guadeloupe n’est pas un paradis ! Et nous sommes là plein de rancœurs rancies, pleins de rêves non muris, admirateurs des autres, ébahis devant notre moindre prestation d’humanité, toujours dans la logique du rachat. Ah nos sportifs ! Au nom de quoi, le fait d’être guadeloupéen fait d’un exploit sportif un miracle ? A moins de douter de soi et d’estimer inconsciemment que nous n’avons pas droit à l’excellence.
Et c’est la première leçon que je tire d’Obama : le droit au droit à l’excellence.
La deuxième étant de casser, de répudier tous les discours qui obstruent l’horizon : la race, konplo a neg sé konplo a chien ! Nou sé neg ! Le fandtyou ! Cette moquerie permanente de tous ceux qui tentent, qui osent et même parfois qui font. Etc.… Cette mise en dérision de nous-mêmes !
La troisième étant de doter la Guadeloupe d’un vouloir collectif qui transcende les différences, les rancunes, les sottes compétitions, les querelles idéologiques, les xénophobies, les nombrilismes, les chauvinismes à bon marché.
La quatrième étant de miser sur l’intelligence, toutes les formes d’intelligence, pour élever le débat au-dessus des querelles de personnes.
La cinquième d’assumer notre histoire, toute notre histoire, par nous, pour nous, sans mendoyer une reconnaissance que nous ne nous octroyons pas très souvent. C’est de nous-mêmes, de notre énergie, de notre créativité, de nos talents, de nos forces, de notre rigueur, de notre respect pour nous-mêmes que viendra la reconnaissance et non de telles ou telles victoires plus symboliques que réelles.
Se déplacer à Washington pour dire « j’y étais ! » c’est bien. S’atteler au char de la Guadeloupe c’est mieux !
Obama est un homme qui a cru en son pays sans renier ses origines. C’est un homme qui a cru en la capacité de son pays à dépasser les frontières des pensées établies. C’est un homme qui a su faire croire en lui. C’est ce pari là qu’il faut gagner.
Si nous disons : « mon pays c’est la France ». Alors, il faut assumer et faire en sorte que la France change et on ne peut le faire sans les Français de l’hexagone.
Si nous disons « mon pays c’est la Guadeloupe colonisée ».Alors, il faut l’assumer et décoloniser la Guadeloupe en privilégiant les armes de la décolonisation de l’imaginaire, de l’économie, du culturel, du politique et du social. Il est inconséquent de prôner la décolonisation en jouant le jeu d’une surintégration parfaite et indolore.
Si nous disons « mon pays c’est la Guadeloupe autonome ». Alors il faudra l’assumer en se préparant à exercer un pouvoir local plus riche en compétences et désireux de développer une richesse guadeloupéenne.
Si nous ne disons rien, nous sommes coupables de nous croiser les bras devant une société qui se saborde (violences sexuelles, violences des jeunes contre les jeunes, violence des hommes contre les femmes, violences au sein des familles, violences sociales plus ou moins sournoises). Une société qui se cache derrière le paravent de la consommation. Une société de gestion ou de géreurs et non une société de l’entreprendre. Une société qui a mis en faillite les intellectuels de tous bords.
Une société en danger.
Oui, je dis bien en danger ! Pendant que nous nous livrons à des actes de cannibalisme (les uns à l’encontre des autres !), en l’absence de projet construit par nous et soutenu par nous, des forces agissantes décident pour nous, grignotent le territoire, contrôlent l’économie, décident pour nous ! Je ne parle pas de race, je parle de filières, de réseaux, d’organisations structurées, de puissances financières. Il suffit de regarder Jarry, d’aller à Continent, à Millénis etc. Combien de Guadeloupéens font partie du vrai jeu économique ? Nous ne sommes, à part quelques cas, que des sous-traitants et surtout des sous-gagnants.
Il est vrai que nous sommes soumis comme les autres aux durs effets de la mondialisation, que nos marges de manœuvres sont limitées et que nous sommes un petit marché.
Ceci nous exonère pas de penser, de nous organiser, de lutter dès lors que l’objectif est clair, accepté et positif. Quels objectifs pour l’art, l’économie, le social, le politique ? Comment les atteindre ? Avec quelle stratégie ? En clair comment (re)bâtir la Guadeloupe ?
Il me semble souhaitable d’arriver à commercialiser notre culture sans la prostituer, à exporter ses meilleures créations et surtout à nous nourrir d’elle. Pour le moins, faire entrer la notion de dépenses culturelles diversifiées dans les budgets des familles et des entreprises serait un grand progrès.
Il me semble souhaitable d’envisager un développement rentable de l’agriculture afin de pourvoir, le plus possible, à nos besoins et à ceux des marchés qu’il nous appartient de trouver à l’extérieur.
Il me semble souhaitable de repenser de fonds en comble l’industrie touristique. Je dis bien l’industrie en l’accompagnant des produits du soleil (maillots de bain, serviettes, lunettes de soleil, crème solaire, vêtements etc.) made in Guadeloupe ou labellisés « Guadeloupe ». C’était une idée de Paco Rabanne. Je doute qu’elle ait été entendue !
Il me semble souhaitable de rechercher les voies et moyens d’une solidarité active au sein de la société guadeloupéenne. Nous sommes si généreux envers le téléthon !
Il me semble souhaitable de croire au développement de la langue et de la culture créoles dans une perspective non folkloriste mais diplomatique (il existe un monde créolophone), économique et culturelle.
Il me semble enfin souhaitable que nos élus aillent se former non pas seulement à Paris mais aussi dans la Caraïbe. Ils connaîtraient mieux le fonctionnement des pays indépendants ou néo-colonisés. Ils seraient plus au fait des données de la diplomatie. Ils gagneraient en relations internationales. Ils créeraient d’utiles solidarités.
Mais tout cela n’est rien si nous ne répondons pas à la question suivante : quelle Guadeloupe voulons-nous ? Autrement dit avec quelles valeurs? Quel mode de fonctionnement ? Quel type de citoyens ? Quel système économique ? Quel budget ?
Ce sont des questions qui sont loin de l’élection d’Obama. Ce sont des questions auxquelles tout chef politique doit répondre de façon claire. La méfiance des Guadeloupéens envers les élus, parfois leur inertie apparente, résulte sans doute d’un manque de clarté, d’un manque de pédagogie, d’un manque de vouloir.
Je répète avec Obama l’histoire retiendra notre capacité à construire et non notre capacité à détruire !
Crier que nous sommes des petits-fils d’esclaves ne suffit pas !
Détester, singer ou vénérer la France, n’est pas une politique !
Croire que l’on peut construire sur des ruines est une erreur !
Seront nous capables de dire, nous aussi : YES WE CAN ! C’est cela la leçon, la grande leçon d’Obama !

Ernest Pépin
Lamentin le 21 janvier 2009


PS : Je ne suis pas un spécialiste et mes idées n’engagent que moi. Je ne les livre que pour lancer un débat que je crois nécessaire et salutaire.