30 novembre 2009

Désirade, ô serpente !

J'avais "rencontré" Fortuné Chalumeau, sans trop savoir qui il était, lors du Congrès des écrivains de la Caraïbe il y a un an. En furetant dans les rayons de la bibliothèque municipale de Trois-Rivières, j'ai vu un de ses livres, à la couverture colorée (à défaut d'être prometteuse...) et au titre énigmatique. Etant à la recherche d'auteurs guadeloupéens en particulier, je n'ai pas résisté à l'envie d'emprunter ce livre-là. Je n'ai pas trouvé grand chose concernant la biographie de Fortuné Chalumeau, hélas.

Tout de suite, en attaquant l'ouvrage, j'y ai vu la patte du Chamoiseau d'il y a quelques années et de Confiant, tant dans le style que dans l'histoire : un texte rempli de créolismes, à la verve rabelaisienne et sans concession dans les portraits de personnages brossés. Quant à l'histoire, une galerie de personnages habitant le même quartier (Texaco chez Chamoiseau, les Terres Sainville chez Confiant, l'île de la Désirade chez Chalumeau), ainsi que leur histoire, leurs interactions, leurs relations... le tout dans une atmosphère de tropiques arhumatisés. Ca, c'est pour la première partie, plaisante. Et puis, dans la deuxième partie et les parties suivantes, changement radical de décor et d'ambiance : Key West, un gendarme français se trouve à une réunion d'Interpol pour arrêter un trafic de drogues dans la Caraïbe. Nous voici donc à présent dans un polar international, dans lequel FBI, CIA, agents doubles et petites frappes ont la part belle. Un meurtre, une valise contenant des millions de dollars et des documents confidentiels disparue, et l'affaire est lancée. Elle trouvera son dénouement à la Désirade...

Il s'agit donc au final d'un livre qui, s'il n'a rien d'original ni dans son style ni dans sa narration, s'avère très agréable et prenant.

Hop, un extrait tout de go.

"Quoique charmoisé par la musique de la voix et la brûlante vénusté de sa vis-à-vis sur qui il lui arrivait d'encoller son grain d'yeux et ce, tout à la naissance de la confondante béance de son corsage, l'engin policier bien rodé qu'hébergeait l'inspecteur dans sa cabèche continuait d'officier et cela n'était pas rien. De sorte que, quand elle pausa pour s'accorder une revigorante respirée, il lui vint à l'esprit une charge de questionnements dont le plus pointu était : ce récit de magie est-il conte inventé pour me charmer, ou rien que pure vérité ? Ce à quoi elle accorda rien d'autre qu'un haussement d'épaules.
- Flora, reprit-il très vite. Vous permettez...? Avant de continuer et aussi de causer de Laura. Dites-moi : que savez-vous qui pourrait m'aider quant au meurtre de votre proche voisine ? Je suis persuadé que vous en savez plus long que vous en dites.
En un temps très court mais qui ne peut cependant se mesurer à l'échelle commune, s'alluma dans le grain de ses yeux une lueur toute pareille à celle d'un farfadet en farandole sur la caye mise à sec, face aux lames rageuses et enveloppantes de l'océan. Sans outre se démonter, elle glissa doucement :
- Si je savais quoi que ce soit, inspecteur, je vous le baillerais. Mais voyez-vous, cette île est ensorcelée - ne riez pas ! Il se passe des choses... Enfin, croyez-en mon conseil, oubliez la grosse Joliba et son assassineur, et que sa dépouille puisse festiner en paix avec les crabes du cimetière!
- Ce serait donc vrai, cette histoire à propos des crabes comestibles ? Ils se nourriraient de...
Elle partit d'un franc éclat de rire qui coupa la chique et le chouque au questionneur, tant la remarque autant que la tête d'icelui lui parurent ensemble désopilant."

10 novembre 2009

L'isle Saint-Barthélemy

Fin octobre début novembre, nous sommes allés passer quelques jours à Saint-Barth. Après un vol de 50mn en Twin Otter (avion à hélices, 19 passagers), l'atterrissage sur la piste de l'aéroport est assez sportive : passage entre les mornes, piste très courte, survol de la route, plage au bout de la piste ! Les pilotes doivent avoir une formation spéciale pour y atterrir (comme pour l'ancien aéroport de Hong Kong, Kai Tak).

Plusieurs constats à faire en débarquant : c'est propre (pas de bouteille de Royal Soda au bord des routes, pas de machine à laver dans les ravines, pas de carcasse de voiture dans les champs...), c'est sec (végétation : cactus-cierges, agaves, frangipaniers, bougainvilliers...), et c'est petit (25 km2 en comptant les îlets !). Très différent de la Guadeloupe, donc.

En gros, il n'y a pas grand chose à y faire, sinon profiter des plages (superbes, mais sans ombre) et aller au resto (de vraies bonnes adresses). A part ça, les maisons sont coquettes, les gens sympathiques et avenants (bien sûr, l'île ne vit que du tourisme !).

Voici quelques photos.

Tout d'abord, l'arrivée en avion. On peut voir la rade de Gustavia.

Voici ensuite une photo de l'Hôtel de la Collectivité, ancienne Mairie.

Le Wall House, anciens entrepôts du temps de la présence suédoise, convertis en musée local.

La plage de la baie de Saint-Jean, animée par le ballet aérien des avions qui passent juste au-dessus.

Deux photos de la plage de Gouverneur, dans le sud de l'île, pas loin de la maison de Roman Abramovic (il est dans les pages blanches, véridique). Sur la première, on peut voir de gauche à droite : Nevis, Saint-Kitts, Saint-Eustache, Saba.


Gustavia vue depuis le site du Fort Gustav.

Le clocher suédois. L'heure est exacte !

Pour finir, l'aéroport presque international, avec sa piste d'atterrissage qui va droit vers la plage.

27 octobre 2009

Le Royaume du fruit-étoile

Un peu de littérature, ça faisait longtemps. En fait, j'ai lu d'autres livres depuis, mais je n'ai pas eu envie d'écrire à leur propos.

Le Royaume du fruit-étoile est un recueil de poèmes (il faut lire de la poésie...) du Sainte-Lucien Derek Walcott, prix Nobel de littérature en 1992, que j'avais eu l'occasion de voir lors du 1er Congrès international des écrivains de la Caraïbe.

Dans cet ouvrage particulièrement intéressant, le poète célèbre la variété des îles de la Caraïbe, non sans s'interroger sur leur passé (l'esclavage, toujours), leur présent (les inégalités, le racisme...) et, ipso facto, leur avenir. Le thème de la mer a lui aussi une large place dans ses vers.

Une passage placé en exergue a retenu mon attention : "J'accepte cet archipel des Amériques. Je dis à l'ancêtre qui m'a vendu et à l'ancêtre qui m'a acheté : Je n'ai pas de père, je ne veux pas d'un tel père, bien que je puisse vous comprendre, fantôme noir, fantôme blanc, quand l'un et l'autre vous murmurez : "histoire"... A vous, grands-pères à qui intérieurement j'ai pardonné, je vous adresse, comme les plus honnêtes de ma race, un étrange merci, amer et pourtant exaltant merci pour cette immense friction et soudure de deux grands mondes, pareils aux moitiés d'un fruit jointes par son propre jus amer, je vous remercie de m'avoir placé, exilés de vos propres Edens, dans la merveille et le prodige d'un autre."

L'édition que j'ai eue (via la bibliothèque de Trois-Rivières) est une édition bilingue, avec le texte original anglais en regard. J'ai donc pu parfois jeter un œil au style de l'auteur. J'ai aussi relevé quelques problèmes de traduction... Le titre original de l'ouvrage est The Star-Apple Kingdom, qui a donc été traduit littéralement. Problème : star-apple désigne une réalité des Antilles, un fruit qui existe réellement, et qu'on appelle caïmite dans les îles francophones (voir la photo). Ensuite, la traductrice a traduit Kick-'em-Jenny par "Bott'-leur-le-cul-Jenny"... Or, tout habitant des Antilles s'intéressant un peu à la région Caraïbe (en fait, tout bon geek comme moi) sait que Kick-'em-Jenny n'est pas une expression inventée par Walcott, mais bien une réalité : il s'agit d'un volcan sous-marin situé au nord de la Grenade, et dont le nom n'est pas traduit en français. Mettons cela sur le compte d'une méconnaissance des réalités caribéennes, car le reste de la traduction est de bonne qualité.

J'ai d'ores-et-déjà décidé de lire d'autres recueils de Derek Walcott ! Voici un petit passage de mon choix :

"Il y avait une rosse à bord, il me tenait à l'œil
c'était le maître-coq, un gars de Saint-Vincent
avec la peau d'un gommier, une écorce rouge pelée,
et des yeux bleus éteints ; il me laissait jamais de répit,
comme s'il se croyait blanc. J'avais un cahier,
celui-ci même, dont je me servais pour écrire
ma poésie ; un jour ce gars-là me l'arrache,
le lance aux matelots à droite à gauche
en braillant : "Attrapez-le", puis se met à minauder
comme si j'étais une poule à cause des poèmes.
Il y a des affaires qui se règlent avec les poings,
d'autres avec un tolet, d'autres avec un couteau-
celle-là, c'était le couteau. D'abord, je le supplie,
mais il poursuit sa lecture : "O ma femme, ô mes enfants"
en feignant de pleurer, pour faire rire l'équipage ;
il file comme un poisson volant, le couteau d'argent
qui va se planter en plein dans le gras de son mollet,
lui, tombe dans les pommes, et il devient plus blanc
qu'il croyait l'être. J'imagine qu'entre hommes
on a besoin de bagarre. C'est pas normal
mais c'est ainsi. Il y a pas eu beaucoup de mal,
rien que des flots de sang, on est copains, moi et Vincie,
mais personne n'a plus déconné avec ma poésie." (1)




(1) Pour les puristes, mais aussi pour tous mes lecteurs anglophones, et ils sont particulièrement... heu... nombreux, voici le texte original :

"It had one bitch on board, like he had me mark-
that was the cook, some Vincentian arse
with a skin like a gommier tree, red peeling bark,
and wash-out blue eyes ; he wouldnt give me a ease,
like he feel he was white. Had an exercise book,
this same one here, that i was using to write
my poetry, so one day this man snatch it
from my hand, and start throwing it left and right
to the rest of the crew, bawling out, "Catch it",
and start mincing me like I was some hen
because of the poems. Some case is for fist,
some case is for tholing pin, some is for knife-
this one was for knife. Well, I beg him first,
but he keep reading, "O my children, my wife",
and playing he crying, to make the crew laugh ;
it move like a flying fish, the silver knife
that catch him right in the plump of his calf,
and he faint so slowly, and he turn more white
than he thought he was. I suppose among men
you need that sort of thing. It ain't right
but thats how it is. There wasn't much pain,
just plenty blood, and Vincie and me best friend,
but none of them go fuck with my poetry again."

25 octobre 2009

Les îles du vent

Avant-hier, je me suis procuré Les îles du vent, premier manga antillais ! Eh oui, après la traduction en créole de plusieurs bandes-dessinées (dont Gran Kannal-la), les éditions Caraïbe Editions ont lancé ce pari d'un titre original, dans le style manga qui plus est. Ayant été un très gros consommateur de ce type de création picturale, j'ai attendu patiemment la parution de l'ouvrage et me suis empressé de l'acheter (après quelques minutes d'hésitation devant le prix : 9,09 euros).

Ce manga a été dessiné par Elodie Koeger, une jeune Alsacienne férue de culture japonaise en résidence d'artiste en Guadeloupe pour cinq mois. Le conseiller "technique" et culturel n'est autre que le célèbre Hector Poullet, celui-là même qui a traduit les bandes-dessinées en créole chez cet éditeur.

Le scénario est assez intéressant : c'est l'histoire de Marie-Scolastique (dite Dionine), jeune fille habitant dans le Sud de la Basse-Terre, qui découvre deux Haïtiens en situation irrégulière cachés dans le jardin de ses parents. Elle va tout faire pour les aider. Parallèlement, se noue une romance entre elle et Yann, jeune douanier Breton fraîchement arrivé en Guadeloupe, chargé de faire la chasse aux immigrants illégaux, évidemment...

Le scénario est donc propice à pas mal de rebondissements et voyages dans la Caraïbe. Les références culturelles locales sont particulièrement authentiques et ancrent fortement le récit dans la réalité sociale antillaise, ce qui est très appréciable. Quelques défauts cela dit (il s'agit d'une première œuvre, soyons indulgents) : on peut voir quelques raccourcis scénaristiques, tout comme certaines aberrations, il y a quelques coquilles que nous mettrons sur le compte de l'édition, enfin les bulles des personnages ne sont pas toujours placées bien à propos (parfois on ne sait pas qui parle). Quant au style graphique, il est très honnête, dans le style manga. Le découpage des planches et des cases est dynamique et d'une compréhension aisée.

Apparemment, une suite est prévue ("à suivre" est écrit à la fin), même si la mention "volume 1" n'est portée nulle part. Souhaitons la réussite à cette série !

24 octobre 2009

Viens un peu par ici, toi...

Voici le dessin de Pancho paru dans le France Antilles d'aujourd'hui. Ca m'a bien fait rire...

13 octobre 2009

Le saut d'eau du Matouba

Dimanche dernier, nous avons profité d'une superbe journée (comme d'hab' depuis fin août... il n'a presque pas plu, météo france estime le déficit pluviométrique à 78% !) pour aller faire une petite rando. Enfin, une balade, plutôt. Il s'agit de la balade du saut d'eau du Matouba. Matouba est une section verdoyante (et bien arrosée) située sur les hauteurs de Saint-Claude (elle-même sur les hauteurs de Basse-Terre !). Sur la route pour s'y rendre, on peut trouver la fameuse stèle à Louis Delgrès. Cette stèle, pas très jolie cela dit en passant, se trouve sur l'endroit de l'habitation Danglemont où Delgrès s'est fait sauter en mai 1802 avec ses hommes (ainsi que la mûlatresse Solitude), pour protester contre le rétablissement de l'esclavage par Richepance, général d'Empire.

Voici une photo de la stèle, ainsi que de l'usine Matouba (là où est embouteillée l'eau de source du même nom !).

La promenade commence devant l'habitation la Joséphine, autre lieu fort connu, puisqu'un certain Alexis Léger (alias Saint-John Perse, prix Nobel de littérature en 1962) venait y passer ses vacances au frais étant enfant. Malheureusement, impossible de la visiter...

Désolé pour l'exposition, mais j'ai pris cette dernière photo entre le portail et le grillage, comme un paparazzo...

Sur le chemin vers le saut d'eau, quelques paysages champêtres.

Après une traversée de champs de bananiers et une descente de talus sur des marches aménagées, nous arrivons donc au bord de la rivière, et entendons le bruit de la chute. Le bassin au pied de celle-ci invite à la baignade après cet effort (on dirait un dépliant touristique là... hum...).

11 octobre 2009

L'îlet du Gosier

Hier nous sommes allés passer la journée et pique-niquer sur l'îlet du Gosier. Il s'agit donc d'une minuscule île au large du Gosier, probablement un haut-fond qui serait sorti voir comment ça se passe à la surface. Il n'y a rien dessus, si ce n'est un phare, deux bâtiments en ruine (spécialité locale) et tagués (certainement là où habitait le gardien du phare, lorsqu'il y en avait un). Il y a également un "restaurant". Enfin, un truc en tôle (autre spécialité locale) avec des chaises et des tables en plastique sous un carbet, où des gens (fort sympathiques au demeurant) servent à manger. Précision : il n'y a pas d'eau courante ni d'électricité (et pas de groupe électrogène non plus)....

Pour s'y rendre, il faut aller à l'embarcadère des pêcheurs du bourg qui, fort gentiment (mais pas gratuitement quand même, faut pas rêver) emmènent les gens sur l'îlet à toute heure. Il n'y a donc rien à y faire, si ce n'est profiter de la beauté du lieu, du calme et de la plongée de surface. En effet, l'îlet, comme vous pouvez le voir sur une photo ci-dessous, est ceinturé par une espèce d'arc de récifs coralliens. Cela procure deux avantages : pas de vague sur la plage, et de beaux poissons à observer. Dans le désordre, j'y ai vu des poissons chirurgiens, des oursins noirs, blancs et rouges, des orphies, des demoiselles, des carangues, des girelles, des gorettes, et une méduse emportée par le courant qui a failli me percuter en plein visage (pourtant, elle nageait pour lutter contre le courant, la bougresse).

Désolé pour les photos, elles ne sont pas de moi. J'avais en effet oublié de prendre mon appareil... elles ont donc été prises au hasard sur internet. Leurs auteurs voudront bien me pardonner cet emprunt...

20 septembre 2009

Journées du patrimoine au Moule

Tout le monde s'en est rendu compte, hier et aujourd'hui, ce sont les journées du patrimoine. En Guadeloupe comme en France, de nombreux sites historiques, culturels, naturels... sont donc ouverts gratuitement, voire exceptionnellement pour certains d'entre eux.

Habitant dans le Sud Basse-Terre, Le Moule n'est pas vraiment une commune dans laquelle nous allons tous les jours. Nous avons donc décidé de passer la journée là-bas, pour faire honneur au patrimoine moulien. Ci-contre, le blason de la ville.

Pour commencer, nous sommes allés visiter la maison Zévallos (qui a la réputation d'être hantée), sur la route entre Le Moule et Saint-François. Cette maison était une ancienne habitation avec sucrerie et distillerie. Elle appartient désormais à des particuliers qui ont du mal à obtenir des aides financières pour la restaurer, la sécuriser, la faire revivre (ça, c'était pour le coup de gueule). Elle aurait été construite dans les ateliers Eiffel (oui, le même) à Paris avant d'être démontée puis remontée en Guadeloupe. Il s'agissait en fait d'un lot de deux maisons du même style, avec la maison Souque-Pagès de Pointe-à-Pitre (actuel Musée Saint-John Perse). Cette maison n'est d'habitude pas visitable, mais les propriétaires l'ouvrent chaque année pour cet événement. Cela dit, rien de particulier à l'intérieur... Voici quelques photos. Remarquez les jolis balcons en fer forgé et la toiture assez...provençale !


Voici maintenant quelques détails de la maison.

A l'extérieur, un parc arboré et les restes de la sucrerie, notamment la cheminée.


Nous sommes ensuite allés manger au Moule (au Jazz Café, rue Saint-Jean, à éviter !) et en avons profité pour faire un petit tour en ville. Le bourg est assez sympathique et animé, bien que très venté. Les déferlantes de l'Atlantique sont impressionnantes. Le Moule a été détruit à 80% lors du passage d'Hugo, ce qui explique l'aspect presque (presque...) neuf de plusieurs bâtiments. Le bord de mer est bien aménagé, notamment, et il y a une zone commerciale toute neuve à proximité. Ci-dessous, l'église faite en corail, et une vue de la plage de l'Autre Bord depuis la batterie.
Puis, dans l'après-midi, nous sommes allés visiter le Musée Edgar Clerc, musée du patrimoine pré-colombien de la Guadeloupe. Pas très grand, mais bien pensé, avec quelques pièces intéressantes et des panneaux fort instructifs. Ci-dessous, une photo du musée ainsi que d'une maquette d'un village amérindien.

28 août 2009

Pèp-la ??

Voici une réflexion du toujours très juste Jacky Dahomay (enfin, de mon point de vue...), parue dans le France-Antilles de ce matin:
"Décidément, comme disent certains théoriciens du politique, le peuple est vraiment introuvable! Est-ce comme le pensaient les pères fondateurs de la République, l'ensemble des citoyens administrés par un même État régi par une administration et une législation communes ? Dans ce cas, il y a un peuple français mais non un peuple guadeloupéen, car nous ne sommes pas gouvernés pas des institutions qui seraient radicalement indépendantes de celles de la France. On pourrait dire que nous sommes une nation mais sans État propre. Mais la nation peut-elle exister sans État ? Les premières nations qui se sont constituées dans l'histoire de l'humanité, notamment en Europe, ont dépassé la cité et l'empire grâce au renforcement de leur État sous la monarchie absolue. Les nations n'ont donc pas toujours existé et il y a eu d'autres formes d'identité collective que l'identité nationale.
Mais il y a bien eu un peuple caraïbe ignorant totalement l'Etat. Dans ce cas, nous entendons par peuple une communauté soudée par une culture, une histoire et un destin commun. C'est donc une définition anthropologique du peuple qui convient ici et nul ne saurait nier qu'il existe en ce sens un peuple guadeloupéen et un peuple martiniquais dans cette acception anthropologique et non politique du terme.
Cependant, l'actualité vient précipiter le débat autour de la notion de peuple. Pour l'État français, il n'y a qu'un peuple français, c'est-à-dire la communauté des citoyens formant la nation française et un Guadeloupéen en ce sens est aussi français qu'un Breton, car juridiquement, en tant que citoyen français, il a les mêmes droits politiques que tous les autres Français. La Constitution ne peut donc légitimement parler de peuples d'Outre-mer mais de populations d'Outre-mer. Mais n'est-ce pas du mépris pour nous, une non reconnaissance de nos spécificités voire de notre identité ? Car nous avons bien le sentiment de faire peuple. Or, qu'est-ce que faire peuple ? C'est à y perdre son créole, ou son français, si vous préférez. Car si nous sommes sûrs d'être un peuple, pourquoi vouloir « faire peuple » ? C'est que nous sommes peuple sur le mode de ne-l'être-pas ou de ne-l'être-pas assez. Nous ne voulons pas nous contenter d'être simplement un peuple anthropologique : nous voulons faire peuple politiquement.
Les choses alors se clarifient. Voilà un peuple anthropologique qui veut devenir un peuple politique. La solution ? L'indépendance bien sûr, la chose est claire. Or, nous voulons être guadeloupéens sans renoncer à la citoyenneté française. Qu'ils sont donc compliqués, ces Antillais, dira-t-on de l'Hexagone! Saurons-nous donc jamais ce qu'ils veulent ? Le peuple veut donc faire peuple politiquement, mais sans constituer une collectivité politique indépendante. Comment se sortir d'un tel imbroglio ? Consultez donc le peuple et il vous dira ce qu'il veut. Mais c'est précisément là où le bât blesse.
Avec les états généraux, le président de la République espère se débrouiller de tous ces problèmes que lui posent ces Dom quelque peu tumultueux. Il pense ainsi consulter les peuples ou plutôt les populations (on ne sait plus très bien) d'Outre-mer sur leur devenir. Fausse légitimité diront certains élus, c'est nous les représentants politiques du peuple guadeloupéen ou du peuple martiniquais et nous sommes dûment mandatés pour consulter notre peuple comme nous le faisons en Guadeloupe avec sa consultation quant à un projet guadeloupéen. Contrairement à leurs homologues martiniquais, nos élus veulent un projet qui vienne du peuple, élaboré par le peuple et sur lequel le peuple tranchera. Belle leçon tout de même de démocratie participative.
Non! disent Domota et les dirigeants du LKP. Le peuple c'est nous, pèp-la ; nous avons mis des dizaines de milliers de manifestants dans les rues et nous exprimons toutes les demandes du peuple donc nous sommes le peuple légitime. D'ailleurs les élections sont un piège à cons, les élus des pantins ou bwa bwa et la démocratie directe doit prévaloir sur la démocratie représentative. Je dois avouer que je m'y perds et que l'heure de ma retraite philosophico-politique a bientôt sonné. Faisons encore un effort même si nous nous sentons quelque peu « moribonds » pour reprendre une expression de Domota nous qualifiant.
Entre le peuple de Sarkozy et celui de nos élus, la question semble réglée car le président a déclaré solennellement que la position de nos élus est légitime et qu'il la respectera. Cela fait avancer les choses. Reste donc à choisir entre le peuple de nos élus et le peuple de LKP. Mais comment trancher ? J'avoue mon total embarras. Je suis persuadé que la solution ne sera pas purement intellectuelle. Si le LKP maintient sa position, on va donc vers un affrontement entre les deux peuples, chacun étant assuré de sa légitimité, un conflit entre deux peuples dans un même peuple, ce qu'on appelle au fond une guerre civile. Que faire ? La balle est dans ton camp, peuple guadeloupéen, source de la souveraineté, et tu as intérêt de te grouiller car il ne te reste que dix-huit mois pour trancher."

24 août 2009

La Gwadloup sé ta pon moun, la Gwadloup sé ta tout moun

Petit post de retour de vacances. Après six semaines passées sur une autre île (île de Manhattan, quelque part perdue en Amérique du Nord, mon énième séjour là-bas), le retour en Guadeloupe ne se fait pas sans quelques observations.

Tout d'abord, les îles des Antilles se veulent des creusets multiculturels. Allons prendre des leçons sur cette autre île, où certes les communautés sont pour beaucoup installées par quartier (Chinois, Coréens, Africains, Latinos, Russes, Indiens, Juifs...), mais où on a vraiment l'impression que la ville est à tout le monde, que tous ceux qui veulent venir s'y installer et prospérer y sont les bienvenus. Tout le monde mène sa vie, et chacun "mind his own business".

Par ailleurs, en revenant ici, il m'a fallu me réhabituer avec le célèbre service clientèle local (voire national, car c'est pareil dans l'Hexagone). Parfois, on a l'impression qu'on dérange les commerçants, et que notre fric pue, ne serait-ce que pour acheter un bokit dans une baraque sur la plage. Dans cette autre île, le client est roi, puisque c'est lui qui te fait vivre ! Business is business. Ce fameux tabou français du fric (on a honte de faire du fric) m'exaspère parfois...

Cela dit, j'encourage tous les touristes potentiels qui me lisent à venir en Guadeloupe. L'île a besoin du tourisme pour vivre, et l'heure est grave (les touristes ont déserté l'île, de plus en plus de résidents font leurs valises... attention à la fuite des cerveaux et des forces vives...). Pendant mon séjour là-bas, j'ai pu lire à loisir des guides touristiques (le Fodors et le Frommers) sur les Caraïbes (les guides sont de gros pavés de 800 pages sur toutes les îles des Antilles sauf Haïti (trop dangereux !), Cuba et Porto-Rico (ont leur propre guide)). La Guadeloupe et la Martinique y étaient traitées. Les guides en disaient plutôt du bien, mais pour attirer la clientèle Nord-Américaine (grande pourvoyeuse de billets...), il faudrait faire de gros efforts pour se mettre au niveau d'autres îles de la Caraïbe : accueil, aménagements touristiques, véritable politique de port de croisière, propreté...

En espérant que le L-Ka-tout-Pété ne va pas s'obstiner dans ses méthodes pour cette rentrée capitale.

29 juillet 2009

Le Siècle des Lumières.

Dernier roman lu, par le Cubain d’origine française Alejo Carpentier. Il s’agit en fait presque d’un roman historique. Ici, à la veille de la Révolution Française, Sofia, son frère Carlos et leur cousin Esteban (trois jeunes Cubains de La Havane) sont amenés à rencontrer Victor Hugues, célèbre négociant marseillais installé à Port-au-Prince, devenu par la suite révolutionnaire. Grand admirateur de Robespierre, il est venu en Guadeloupe en amenant deux choses avec lui : le décret d’abolition de l’esclavage de 1794 et une guillotine qui a pas mal fonctionné à l’époque, place de la Victoire à Pointe-à-Pitre. Il a par la suite été plus ou moins gouverneur-dictateur, favorisant le travail de corsaires guadeloupéens sur les bateaux anglais, espagnols et américains (voir à ce sujet l’excellent livre de Michel Rodigneaux, La Guerre de course en Guadeloupe, éd. L’Harmattan). Sous Napoléon, il sera cette fois-ci envoyé en Guyane en tant que gouverneur pour…rétablir l’esclavage !

Cette histoire des trois jeunes cubains croisant l’Histoire de Victor Hugues est donc particulièrement intéressante. Le style de Carpentier est dense et riche, notamment les descriptions, avec très peu de dialogues et une bonne dose de lyrisme. Voici un extrait.

« Ce jour-là vit le commencement de la grande terreur dans l’île. La machine ne s’arrêtait pas de fonctionner sur la place de la Victoire, accélérant le rythme de ses coups. Et comme on était fort curieux d’assister aux exécutions, en une ville où tout le monde se connaissait de vue ou se fréquentait (un tel n’oubliait pas la rancune qu’il portait à tel autre, ou une humiliation infligée…), la guillotine centralisa désormais la vie de la cité. La foule du marché se déplaça vers la belle place du port, avec ses comptoirs et ses fourneaux, ses étalages au coin des rues, ses déballages au soleil, tandis qu’on entendait crier à tout moment, entre deux têtes hier respectées et adulées qui tombaient, les beignets et les piments, le corossol et le feuilleté, la pomme-cannelle et le pagre frais. Et comme cet endroit était propice aux affaires, il se transforma en une bourse provisoire de débris et de choses abandonnés par leurs maîtres, où l’on pouvait acheter aux enchères une grille, un oiseau mécanique ou un reste de vaisselle chinoise. On y échangeait des harnais contre des marmites, des cartes à jouer contre du bois de chauffage, des pendules de style contre des perles de la Marguerite. En un jour, l’étalage de légumes ou la vitrine du colporteur s’élevaient au rang de bazar, d’un bazar terriblement encombré, où voisinaient des batteries de cuisine, des saucières armoriées, des couverts en argent, des pièces de jeu d’échec, des tentures et des miniatures. L’échafaud était devenu l’axe d’une banque, d’un forum, d’un encan perpétuel. Les exécutions n’interrompaient plus les marchandages, les disputes ni les discussions. La guillotine faisait partie désormais de l’habituel, du quotidien. On vendait, au milieu des bouquets de persil et d’origan, de minuscules guillotines-souvenirs que beaucoup emportaient chez eux. Les enfants se creusaient la cervelle pour construire de petites machines destinées à décapiter les chats. »

13 juillet 2009

Les quarts de finale !

Pour ce 100ème post, une excellente nouvelle : les Gwada boys dont je vous parlais dans le post précédent, se sont qualifiés pour les quarts de finale de la Gold Cup. Après avoir battu le Panama 2 à 1, puis le Nicaragua 2 à 0, ils ont été battus par le Mexique 2 à 0. Mais ils ont fini 2èmes de leur poule, réussissant donc à se qualifier.

Pour ce quart de finale, le 19 juillet à Arlington, ils seront opposés au Costa Rica. Les autres quarts de finale sont : Canada-Honduras, USA-Panama et Mexique-Haïti.

Woulo pou la Gwadloup ! Pa moli !

06 juillet 2009

Gold Cup 2009













Depuis vendredi dernier, la Gold Cup 2009 a débuté. Il s'agit de la compétition continentale de football de la zone CONCACAF (Amérique du Nord et Centrale, Caraïbes), qui a lieu non pas tous les quatre ans comme l'Euro, mais tous les deux ans.

Lors de la dernière édition, la Guadeloupe (les Gwada boys) s'était particulièrement illustrée en parvenant dans le dernier carré (avec les USA, le Canada et le Mexique, excusez du peu !). Pour se qualifier pour cette compétition, il faut bien figurer dans la Digicel Cup (coupe caribéenne). La Guadeloupe avait fini 3ème de cette compétition en décembre, derrière la Jamaïque et la Grenade, en battant Cuba aux tirs au but.

Seules 12 équipes sont qualifiées, réparties en trois poules de quatre équipes. Hier, les Gwada boys ont battu le Panama 2 à 1. Jeudi, ils affrontent le Nicaragua, et dimanche le Mexique !

Cette année, la Guadeloupe a perdu plusieurs tauliers : Angloma et Sommeil retraités, et Grandel (ex gardien d'Utrecht, non libéré par Dijon). Par ailleurs, Chimbonda n'a pas été sélectionné. Zubar devait faire parti du voyage, mais je ne sais pas si ça s'est confirmé... Il y a en outre quelques joueurs pros : Auvray, le capitaine, le fameux rasta-man du Vannes OC, Capoue de Nantes...

Alé Gwadloup !

30 juin 2009

Le Cri de l'oiseau rouge

On continue la série "critique littéraire" ! Le Cri de l'oiseau rouge est le premier livre de l'écrivaine Haïtienne Edwidge Danticat. Il a été publié en anglais en 1994, sous le titre Breath, eyes, memory. Excellent travail de recherche sur la traduction du titre...

J'avais déjà entendu parler de cette auteure, et c'est le premier de ses romans que je lis. Il est légèrement autobiographique, puisque l'héroïne, Sophie, est une Haïtienne qui a émigré aux Etats-Unis à 12 ans, tout comme Edwidge. Dans ce livre, nous assistons donc à l'enfance de Sophie dans le petite village de la Croix-des-Rosets avec sa tante et sa grand-mère. Elle est née du viol de sa mère, laquelle est partie vivre et travailler à New York et demande à sa fille de la rejoindre. Sophie part donc à la découverte de sa mère et de ce nouveau pays.

Au niveau de la narration, ce que j'ai trouvé particulièrement intéressant, c'est le fait qu'entre chaque chapitre, il y a une ellipse temporelle (ou narrative) assez importante, parfois même de plusieurs années. Le style de Danticat est très simple (enfin, je n'ai lu que la traduction), limpide et fluide : c'est une langue qui coule de source, un style qui ne s'affole jamais, une narration posée. A travers cette histoire, c'est l'histoire de plusieurs générations de femmes haïtiennes que nous donne l'auteure, et leur combat au quotidien dans cette île qui n'a rien de paradisiaque. Il y est aussi, évidemment, beaucoup question de l'émigration et de l'adaptation à un pays étranger.

En bref, je ne saurais que trop conseiller cette lecture.

24 juin 2009

Chacun son tour

Comme je l'avais dit précédemment, voici le second volume des aventures d'Ange Simeoni par Olivier Arrighi. Et c'est une déception... Autant le premier était divertissant, plaisant et assez prenant, autant celui-ci m'a ennuyé. Alors je ne sais pas si c'est parce qu'il n'y a plus l'impression de la nouveauté (le gendarme Simeoni est fidèle à lui-même, sorte de John McLane corse qui n'évolue pas beaucoup), si c'est parce que l'histoire est à peu près la même (une riche blanche -métro cette fois- se fait sauvagement décapiter au coutelas, et c'est reparti pour une enquête chez les békés), ou bien si c'est l'aspect un peu trop racoleur parfois, avec un style très inférieur... Point positif, j'ai préféré la fin dans ce second volume, même si elle est un peu tirée par les cheveux. Même le cadre de cette histoire (le tour des yoles en Martinique, très célèbre et populaire course de bateau traditionnel) paraît artificiel et inutile (puisqu'il n'a absolument aucune incidence sur le scénario, à part de coincer Ange dans les embouteillages).

Voilà. Et puis pas d'extrait, tiens.

23 juin 2009

Karujet 2009














Chaque année au mois de mars se déroule un événement important en Guadeloupe : la Karujet, une manche du championnat du monde de jet-ski. Cette année, la compétition a eu lieu en juin (du jeudi 18 au dimanche 21) à cause du blocage de 44 jours. Les années précédentes, je ne m'y étais pas trop intéressé, car le fait de mettre une heure pour faire quelques kilomètres autour de la plage principale où cela a lieu m'avait un peu gonflé...

Il y a donc un "village" karujet, avec des stands de partenaires, et des animations. Ce village se trouve sur la plage de Viard, à Petit-Bourg. Cette année, sept courses étaient prévues sur quatre jours : des étapes entre Pointe-Noire et Petit-Bourg, d'autres entre Le Gosier et Saint-François. Et le vendredi soir, il y avait aussi une compétition de free-style à la Darse de Pointe-à-Pitre. Nous sommes allés voir l'arrivée de l'étape Pointe-Noire/Petit-Bourg, ainsi que le village. Quelques photos.

Deux pilotes se tirent la bourre avant l'arrivée.

Un des pilotes dans le paddock, après son arrivée.

Le "village", pas terrible, et écrasé de chaleur !

L'américain Dustin Farthing a remporté la compétition cette année, suivi par un Guadeloupéen et un Saint-Barth. Voici la vidéo officielle de l'édition 2008. Les départs sont toujours très impressionnants.